Ces quelques lignes ont pour objectif de vous présenter la fibre ainsi que les opérations de tonte et de tri de la laine de mouton. En outre, si vous souhaitez approfondir le sujet vous trouverez une mine d’informations sur la laine et le mouton dans les publications, les ouvrages et les sites suivants : Analyse d’une toison et La récolte de la laine de Christian des Touches ; Connaissance de la laine de Jean Rougeot ; The fleece fiber & sourcebook de Carol Ekarius & Deborah Robson ; Physical properties of textile fibres de Morton & Hearle ; The gift of kings : the noblest of wool de Loro Piana ; Mode : guide des textiles de Clive Hallett & Amanda Johnston ; British Wool Association ; New Zeland Sheepbreders Association ; American Sheep Industry Association ; Australian Stud Sheep Breeders Association ; Australian Association of Stud Merino Breeders.

La structure de la fibre de laine

La Laine (WO) est une fibre protéique, naturelle et frisée d’origine animale issue de la toison de l’ovin. En outre, elle est techniquement composée de poils qui en section transversale font état de deux ou trois couches (selon la génétique de l’ovin) : la cuticule, le cortex et la moelle. En premier lieu, la cuticule est constituée d’écailles qui s’imbriquent les unes dans les autres. De formes diverses selon le type de poil, elles sont constituées de trois couches de kératine qui constituent une protection pour le cortex. Ensuite, le cortex est quant à lui l’élément facteur dans la résistance du poil puisqu’il en constitue l’essentiel de la matière. Il est composé de cellules allongées composées de kératine. Enfin, la moelle est quant à elle un empilement de lacunes emplies d’air qui jouent un rôle dans le processus de perspiration du poil. De part la très faible présence de matière, une proportion importante de moelle dans le poil implique une résistance moindre, et inversement.

Les avantages de la fibre de laine

Premièrement, la laine une fois tissée est composée de milliers de fibres qui de part leur frisure et leur structure moelleuse creuse peuvent emprisonner jusque 80% de leur masse volumique en air. Cette capacité confère un pouvoir isolant important. La couche d’air emprisonnée entre le corps et le vêtement, dans les fibres, est maintenue à une température proche de celle du corps et le protège ainsi des températures extérieures, froides comme chaudes. De plus, la laine a un pouvoir hygroscopique élevé. Elle peut absorber jusqu’à 33% de son poids anhydre en humidité avant de donner un ressenti moite. La molécule d’eau vient se fixer par capillarité sur ses surfaces internes et externes, très nombreuses en raison de ses frisures et de sa structure moelleuse creuse (le cas échéant). Ladite molécule provenant de l’extérieur (dans une atmosphère humide) ou de l’intérieur du vêtement (en cas de transpiration) ne surpasse celle-ci que lorsque cette dernière sature. Pour finir, en raison de l’élasticité de la kératine qui la compose et de sa structure frisée, la fibre de laine possède un taux d’allongement maximal de sa taille primitive de 30%. Ce taux lui confère une grande résilience. Elle s’étend sous la tension, se tasse sous l’écrasement puis reprend sa forme initiale après coup.

Les inconvénients de la fibre de laine

Premièrement, la kératine qui la compose est une protéine dont les mites raffolent. Pour y remédier, vous pouvez placer de petits sachets de lavande à proximité de vos vêtements lesquels agiront comme répulsif. Par ailleurs, l’eau chaude couplée à la friction la font feutrer (dit foulage lorsqu’il est volontaire). Le feutrage est le fait de la chute du poil (ou du détachement dans le cas d’un vêtement) qui une fois libre a tendance à migrer vers l’intérieur de la toison (du vêtement), puis à enchevêtrer les poils entre eux du fait de sa frisure. Cette tendance à feutrer est accentuée dans une eau basique car l’alcalinité ouvre les écailles de la cuticule et facilite leur faculté d’accroche. Attention donc à la manière dont vous entretenez vos vêtements en laine…

La tonte de la toison du mouton

La tonte est importante pour le bien-être du mouton. A défaut, l’ovin serait emprisonné dans une longue toison sale, humide, moisie et feutrée. Cela est d’abord bénéfique pour l’hygiène : évite la prolifération des parasites ; facilite les soins vétérinaires ; laisse respirer la peau. En outre, l’animal acquière une plus grande aisance de mouvement notamment dans les espaces confinés.

Par ailleurs, les températures atmosphériques de bien être de l’ovin se situent entre 10 et 25°C, au-delà l’animal devient amorphe, se sous-alimente et chôme. Par conséquent, l’alléger de sa toison tout en s’assurant d’une légère repousse avant de l’exposer au soleil ne lui est pas néfaste. L’époque la plus favorable pour la tonte est à l’approche des périodes chaudes et ensoleillées. Elle se fait une à deux fois par an selon la zone climatique, généralement avant la transhumance.

Lors de la tonte, le tondeur doit veiller à tondre une toison sèche afin d’obtenir une coupe propre et nette. Ainsi, il sera également plus à même de pratiquer un acte indolore pour l’animal. En outre, le tondeur doit travailler sur un poste propre afin d’éviter tant que possible de prendre la paille et les excréments. Afin de faciliter le tri des toisons, il doit également prendre l’intégralité de la toison d’un trait en rasant à fleur de peau en passes parallèles. Enfin, il doit entreposer les toisons dans un lieu ventilé et sec afin d’éviter la détérioration de celles-ci.

Le tri de la toison du mouton

L’opération de tri qui s’en suit a pour objectif de découper puis répartir les toisons en masses de qualités homogènes afin de faciliter le travail de filature. Elle s’opère sur des claies. Les fibres les plus fines sont employées pour filer les numéros de fils les plus élevés et inversement. De plus, les fibres les plus résistantes sont employées pour les fils de chaine et les autres pour les fils de trame. Par ailleurs, il existe d’importantes disparités liées à la génétique : premièrement entre les différentes races d’ovins ; deuxièmement entre les ovins d’une même race et d’un même cheptel ; troisièmement entre les différentes parties de la toison d’un même mouton. Par conséquent, les éleveurs croisent très souvent leurs meilleures bêtes entre elles afin d’améliorer la qualité de leur cheptel. Pour finir, la toison des ovins est constituée de laine, mais également dans certains cas de laine médulée, crineuse et/ou jarreuse qu’il leur faut s’atteler à mettre de côté.

La découpe de la toison du mouton

La découpe des toisons se fait généralement de la manière suivante avec les critères de répartition ainsi que les observations «génériques» suivants (* faible, ** moyen, *** élevé) :

  • Tétard : finesse (*) ; longueur (*) ; tassé (**) ; rebus.
  • Colleret : finesse (**) ; longueur (**) ; tassé (**) ; cardé.
  • Garot : finesse (**) ; longueur (**) ; tassé (***) ; cardé.
  • Dos : finesse (**) ; longueur (**) ; tassé (***) ; fils de trame peignés.
  • Hauts de cuisses : finesse (**) ; longueur (**) ; tassé (** à ***) ; fils de trame peignés.
  • Cuisses : finesse (*) ; longueur (** à ***) ; tassé (** à ***) ; fils de trame peignés.
  • Bouts de cuisses : finesse (*) ; longueur (***) ; tassé (*) ; cardé.
  • Queue : finesse (*) ; longueur (***) ; tassé (***) ; cardé.
  • Crottes : finesse (*) ; longueur (***) ; tassé (*) ; rebus.
  • Pattelettes : finesse (*) ; longueur (**) ; tassé (***) ; cardé.
  • Gorge : finesse (*) ; longueurs (* à ***) ; tassé (**) ; cardé.
  • Longée du cou : finesse (***) ; longueur (* à ***) ; tassé (**) ; fils de chaine peignés.
  • Epaules : finesse (***) ; longueur (**) ; tassé (***) ; fils de chaine peignés.
  • Bouts d’épaules : finesse (**) ; longueur (**) ; tassé (***) ; fils de chaine peignés.
  • Flancs : finesse (** à ***) ; longueur (**) ; tassé (**) ; fils de chaine peignés.
  • Ventre : finesse (*) ; longueur (*) ; tassé (**) ; cardé.

Les critères de qualité liés à la fibre

La finesse (en microns “µ”) – Elle définit le diamètre de section de la fibre. A diamètre de fil égal, plus les fibres sont fines, plus le nombre de fibres composant la section du fil est important. Par conséquent, plus le fil est potentiellement tenace et régulier (et inversement). La finesse est généralement utilisée, non pas pour obtenir des fils plus résistants, mais plutôt pour obtenir des fils plus fins afin d’obtenir des motifs plus précis, des esthétiques plus lisses et donc davantage satinées, luxueuses. Elle est titrée selon le système « Super…’s » ci-après (à titre de comparaison, un cheveu humain a un diamètre de 50 à 100 microns) : … ; 170’s de 14,76 à 15,25 microns ; 160’s de 15,26 à 15,75 microns ; 150’s de 15,76 à 16,25 microns ; 140’s de 16,26 à 16,75 microns ; 130’s de 16,76 à 17,25 microns ; 120’s de 17,26 à 17,75 microns ; …

La longueur (en centimètre “cm”) – Elle est variable selon les races d’ovins et est souvent en relation avec la finesse. Les laines les plus longues sont généralement les moins fines et inversement. Par ailleurs, plus les fibres filées sont longues, moins il y a de points de rupture entre les fibres, plus le fil est potentiellement tenace et régulier, et inversement. Par conséquent, le rapport finesse / longueur est le facteur clé dans l’obtention de fils fins et résistants au niveau du procédé de filature.

Les critères de qualité liés à la toison

Le tassé – Il définit la densité de la toison, l’aspect des mèches. Pour obtenir une bonne résistance de fil, les mèches de la toison doivent être tant que possible détachées, bien formées (à gauche de l’image) afin de nécessiter le minimum de traitement mécanique. A contrario, les mèches dites « creuses » (à droite de l’image), enrobées de matières organiques à la pointe, brisées en leur centre et feutrées en leur base sont problématiques. Elles vont nécessiter un défeutrage agressif qui va irrémédiablement endommager la fibre.

Le rendement (en pourcentage “%”) – Il se rapporte au poids de la toison tondue et correspond à la quantité de laine qui subsistera après un lavage à fond de celle-ci. La perte correspond à l’élimination du suint (sueur séchée), de la graisse, des impuretés (paille, terre, excréments, chardons…) et de l’humidité empêtrés dans la toison. Le poids de ladite toison va varier selon la race et l’âge de l’ovin, l’intervalle de temps entre les tontes, la qualité de son alimentation. Le rendement va quant à lui varier selon les conditions climatiques : l’exposition au soleil produit du suint et assèche la fibre, la pluie sali de boue et humidifie la fibre… Il va également varier en fonction des conditions d’élevage : salubrité de la bergerie, entretien des litières, ventilation des espaces de vie…

La nuance – Elle définit la couleur de la fibre. A ce titre, il y a un intérêt à produire ou à acheter des toisons blanches dès lors que la matière est vouée à être teinte. Une toison blanche permet garantir une certaine homogénéité dans le résultat obtenu. Les toisons colorées nécessitent quant à elles un processus de blanchiment c’est pourquoi elles sont généralement vouées à être filées puis tissées en l’état, sans teinture.

Les races de moutons

Pour conclure, vous trouverez ci-dessous les caractéristiques « génériques » des principales races d’ovins élevées pour la laine destinée aux produits tissés.

RACE NUANCE(S) LONGUEUR (cm) FINESSE (µ) POIDS (kg) RENDEMENT (%)
Delaine Mérino Blanc 6.5 à 10 17 à 22 4.1 à 6.4 45 à 55
Peppin Mérino Blanc NC 20 à 23 Jusque 18 NC
Rambouillet Mérino Blanc, Gris, Noir 5 à 12.5 18 à 24 3.6 à 8.2 35 à 60
Saxon Mérino Blanc 6.5 à 10 12 à 24 3 à 6 Jusque 75
Debouillet Mérino Blanc 7.5 à 12.5 18 à 24 4.1 à 8.2 35 à 55
Bluefaced Leicester Blanc 7.5 à 15 24 à 28 1 à 2 75 à 80
Cheviot Blanc 10 à 15 24 à 33 2.3 à 6.4 50 à 65
Hill Radnor Blanc 5 à 15 27 à 33 2 à 2.5 NC
Scottish Blackface Blanc 15 à 35.5 28 à 40 1.4 à 3 NC
Shetland Blanc, 11 couleurs 5 à 25.5 19 à 31 0.9 à 2.3 65 à 80
Llanwenog Blanc 5 à 11.5 25 à 35 2 à 2.7 NC
Corriedale Blanc, Gris, Noir 7.5 à 15 25 à 35 4.5 à 9 NC
Ryeland Blanc, Gris, Noir 5 à 12.5 25 à 32 2 à 4.1 NC
Cormo Blanc 8.5 à 12.5 17 à 23 2.3 à 5.4 50 à 65